Portrait de Paul par Francine






À la fois simple et complexe, Paul Le Bohec ne peut être défini en quelques mots. Tout au plus peut-on l’approcher à travers les pensées ou citations de son cru.

« Je suis un être d’élan » aimait-il répéter.
Tout au long de sa vie, Paul a gardé la fraîcheur, l’élan de l’enfant qui était en lui, miraculeusement protégé de nombreux encombrements injectés par l’environnement.

Paul était un créateur, un ouvreur de pistes, une « lumière » qui a éclairé bien des chemins, et continue de le faire.

C’était aussi un être de mouvement : « On n’est pas, on devient » disait-il souvent.

Produire oui, mais surtout devenir à travers l’action. C’était un conquérant de la liberté pour lui-même, les enfants dont il était responsable, mais aussi les adultes qu’il sentait si souvent « serrés », captifs de leurs cavernes intimes.

Paul était-il un être exceptionnel ? Non, il avait aussi ses difficultés à vivre, ses manquements, comme tout un chacun. Son message est le résultat d’un travail de tous les instants, dépassement constant de ses propres limites, et qu’il savait repérer quand « ça tournait trop rond » :
« Quand ça tourne trop rond c’est que ça ne tourne pas rond » disait-il.

Jusqu’à son dernier souffle, il a témoigné d’une grande liberté : au médecin des soins palliatifs venu lui demander s’il croyait en Dieu il a répondu : « Pas encore ! »

Oui, il est possible de s’approprier la démarche de libération par l’expression/création dans un groupe positif de Paul Le Bohec, encore faut-il s’y atteler, c’est une conquête, l’aventure de toute une vie.






J’étais présente à la bibliothèque de la Mézière ce 14 novembre 2008. Paul était épuisé. Deux mois plus tard, il n’était plus.

Sa volonté de transmettre était plus forte que son épuisement, et il en ressentait l’urgence, même devant un public restreint (une trentaine). Je l’ai filmé pour la mémoire. Et je me rends compte aujourd’hui, alors que Monique s’est saisie de ce document pour le monter, de l’utilité de l’avoir fait. En effet, cela nous permet de réentendre l’essentiel de son message : à l’école, il est vital que les enfants s’expriment, se libèrent à travers un ou plusieurs langages de leur choix, afin qu’ils puissent créer, apporter au monde leur pierre à l’édifice.

Pour Paul, ce qui était central, était bien sûr de réussir à l’école, mais d’abord et avant tout de réussir sa vie en apprenant à se connaître soi… jusque dans les autres !!!

Merci Paul d’avoir mis tant d’enthousiasme à dire à ceux qui voulaient bien l’entendre même dans les dernières secondes de ta vie : « On est libre nom de dieu. »

Francine Tétu (février 2018)